Le trajet a duré un peu moins d'une heure. J'ai découvert les décors, j'ai traversé son monde. Nous avons discuté de tout et de rien, plaisantant et taquinant l'autre. J'ai perdu dix ans, j'ai retrouvé une insouciance que les derniers mois m'avaient enlevé. Enfin nous arrivons à son appartement. Nous sommes fatigués mais le plaisir d'être enfin ensemble l'emporte.

Là, seuls, à l'abri des regards, le monde peut s'arrêter. Nous avons enfin tout le temps de nous découvrir, d'explorer le corps de l'autre. Alors que jusque là nous nous comportions comme des amants qui se connaissaient si bien, la fébrilité de la découverte de l'autre reprend maintenant le dessus. Il s'agit bien d'une première fois, avec tout le plaisir, la symbolique et l'excitation qui y sont attachés. Il y a cette peau, si douce. Sa saveur, si particulière. La découverte de son corps, le plaisir des sens, tout ce qui me hante encore maintenant. Ce matin là, nous avons fait l'amour ensemble pour la première fois.

J'aurais aimé trouvé les mots pour exprimer le plaisir que cela m'a (nous a) procuré mais j'ai l'impression qu'il me faudrait pour cela tenter de dissocier le plaisir de l'acte, celui du plaisir de cette première fois et les sentiments qui étaient déjà là et qui se sont développés depuis. J'ai l'impression que je briserais l'alchimie fragile qui fait de ce moment un souvenir unique, magique. J'en resterai donc là. Le sourire aux lèvres à la relecture de mes mots.