Le déversoir personnel

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lundi 2 juillet 2007

La tête et le ventre

Je suis allongé sur le lit. Le jour transperce les lames du volet. La passion des premiers instants à laisser la place à un moment plus calme. Elle est là, contre moi. Sa tête repose sur mon ventre.

Je ne sais plus de quoi on parlait à ce moment là ; cela n'a guère d'importance. Par contre je me souviens de sa voix, que je n'avais alors pas fini d'adopter. Cette voix douce et espiègle, presque enfantine, si touchante. Le poids de sa tête sur mon ventre, ma main dans ses cheveux, le calme à peine troublé par notre conversation, nos corps nus. Si simple, si beau.

Souvent après cet instant, après être reparti, je lui ai dit que ce qui me manquait le plus, c'était de sentir sa tête sur mon ventre. À chaque fois, cette image me revenait. Cette image et les mots d'Abd Al Malik dans m'effacer :

Même si c'la m'essouffle, même si c'la ne dure qu'une seconde,
Ma vie j'la donnerais pour pouvoir vivre cette seconde,
Caresser au moins de l'œil cette seconde, entr'apercevoir les ailes de cette seconde.

samedi 30 juin 2007

L'appartement

Le trajet a duré un peu moins d'une heure. J'ai découvert les décors, j'ai traversé son monde. Nous avons discuté de tout et de rien, plaisantant et taquinant l'autre. J'ai perdu dix ans, j'ai retrouvé une insouciance que les derniers mois m'avaient enlevé. Enfin nous arrivons à son appartement. Nous sommes fatigués mais le plaisir d'être enfin ensemble l'emporte.

Là, seuls, à l'abri des regards, le monde peut s'arrêter. Nous avons enfin tout le temps de nous découvrir, d'explorer le corps de l'autre. Alors que jusque là nous nous comportions comme des amants qui se connaissaient si bien, la fébrilité de la découverte de l'autre reprend maintenant le dessus. Il s'agit bien d'une première fois, avec tout le plaisir, la symbolique et l'excitation qui y sont attachés. Il y a cette peau, si douce. Sa saveur, si particulière. La découverte de son corps, le plaisir des sens, tout ce qui me hante encore maintenant. Ce matin là, nous avons fait l'amour ensemble pour la première fois.

J'aurais aimé trouvé les mots pour exprimer le plaisir que cela m'a (nous a) procuré mais j'ai l'impression qu'il me faudrait pour cela tenter de dissocier le plaisir de l'acte, celui du plaisir de cette première fois et les sentiments qui étaient déjà là et qui se sont développés depuis. J'ai l'impression que je briserais l'alchimie fragile qui fait de ce moment un souvenir unique, magique. J'en resterai donc là. Le sourire aux lèvres à la relecture de mes mots.

jeudi 28 juin 2007

Le quai

Le train ralentit pour entrer en gare. Il est tôt, après avoir dormi pendant une grande partie du trajet, je me suis réveillé il y a un quart d'heure environ. Le temps de me rafraichir et de lire un peu. Le train est vraiment un emplacement pour lire, j'ai même fini par ne plus ressentir le mal des transports à force de pratiquer. L'annonce de la gare vient d'avoir lieu. Comme les quelques voyageurs qui descendent ici, je rejoins la porte et j'attends fébrilement. Le bruit si particulier signalant que le déverrouillage des portes se fait entendre. Une femme devant moi ouvre la porte.

Je sors enfin. Je regarde autour de moi et me rappelle que je ne lui ai pas donné le numéro de ma voiture. Je la cherche un instant au hasard dans la foule. Je croise au passage des couples qui s'enlacent ; j'aime l'ambiance des quais de gares. Je finis par l'appeler, elle est à l'autre bout du quai. Je presse le pas, comme si chaque minute comptait déjà. Enfin je la vois, si belle. Nous nous sourions, alors que je ne savais pas trop si j'allais oser, elle m'embrasse. Nous quittons le quai comme si nous avions toujours été ensemble, c'était notre première rencontre.

dimanche 24 juin 2007

La pièce manquante

Comprendre l'autre. Une obsession qui me poursuit depuis des jours, une obsession que ses silences rendent difficiles à satisfaire. Je veux aller si vite, trop vite, elle veut prendre son temps, trop de temps. J'ai accepté d'attendre mais le souvenir de notre première rencontre est toujours présent. Les moments de plaisir, la proximité, la complicité naissante, la peau, toujours elle, tout cela a une consistance. Qu'il est dur de faire comme si nous n'avions pas gouté le fruit défendu ! Tellement dur que cette question me revient en boucle : Pourquoi ne ressent-elle pas ce besoin ? Ou, si elle le ressent, pourquoi le refrène-t-elle ?

En écrivant ce billet, les mots moments de plaisir ont réveillé un souvenir dans mon esprit. Miossec toujours mais un autre contexte... Mais il est tard monsieur. J'en parlerai une autre fois.

jeudi 21 juin 2007

Intermède musical (3)

Parmi les artistes contemporains, ma relation à l'oeuvre de Christophe Miossec est particulière. Ses premiers albums, très centrés sur les relations sentimentales, réussissent à recouvrir de manière quasiment parfaite les sentiments qui me traversent lors d'une crise amoureuse, quelque soit sa nature. Cela rejoint d'ailleurs ce que je disais à propos du lien entre l'intime et les sentiments : les problèmes personnels sont finalement plus universels que les idées.

Retombant hier sur ces chansons, je n'ai pas pu me retenir et partager avec elle le texte de La fidélité. Cru et sentimental à la fois, comme mon manque de ces derniers jours :

Mais si ma bite et mon coeur font grève
Je peux très bien me toucher
Et si ma langue traîne par terre
Je peux très bien l'avaler
Car tu es loin et moi je crève
De ne pouvoir te baiser

mercredi 20 juin 2007

La peau

De tous les sacrifices dus à la distance physique qui existe entre nous et qu'elle souhaite entretenir pour l'instant, l'absence du contact de sa peau est certainement le plus difficile à accepter.

J'ai toujours trouver réconfortant le contact de l'autre. C'est d'ailleurs pour moi le renoncement le plus difficile lors de la séparation. J'en ai régulièrement besoin. Sentir sa peau, la toucher, la caresser. La douceur, le goût de sa peau, l'éveil de mes sens à son contact, tout cela n'est pour l'instant qu'un souvenir aussi agréable que vague, le temps qu'il lui faudra pour accepter une suite. Seul en pensant à elle, le sommeil est long à venir.