Parler d'évènements avec un certain recul modifie la perception des choses.
Quand je parle de mes moments de doute lors de la séparation, je le fais en
sachant qu'elle finit par arriver. Si j'avais écrit mes impressions à chaud,
aurais-je parler de ce sentiment de bascule ? Certainement, car il me semble
que même à l'époque, je l'avais ressenti ainsi mais était-ce vraiment le cas ?
Il n'y a rien de plus traitre que les souvenirs.
Cet écrit à distance me rappelle deux choses. La première est le
carnet de Karl, la course qu'il menait
pour tenir ses écrits quotidiens publiés quelques jours ou semaines après la
date qu'il leur attribuait. J'admire toujours autant la régularité avec
laquelle il publiait (et la qualité de ses publications mais ce n'est pas le
sujet). Je me suis toujours demandé si ses écrits étaient issus de notes prises
le jour même et, si c'est le cas, s'il récrivait ou non ces notes. La seconde
est un livre,
l'emploi du temps de
Michel Butor, où le personnage principal tente de tenir un journal
quotidien, sans jamais réussir à rattraper son retard initial, et où la vision
des évènements passés se heurte au présent.