Le déversoir personnel

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vendredi 1 février 2008

Les chemins de traverse

Je ressors d'une lecture chez Karl sur la découverte de son espace, la tête pleine d'images et de souvenirs. À Nancy, la ville de ma jeunesse, je revois le quartier arabe, les jours d'été, à deux pas du centre ville et pourtant déjà oublié par la foule urbaine. Je me souviens de ces ruelles de la vieille ville qui rappellent le sud, même les jours de grisaille. Ces lieux, à deux pas des artères principales, semblent déconnectées du reste de la ville.

Des fragments de mes voyages reviennent aussi au hasard. Mes meilleurs souvenirs n'ont jamais été la visite d'un symbole incontournable des villes que j'ai visité mais plutôt ces rencontres pittoresques, ces lieux inattendus ou ces curiosités découvertes par hasard au détour d'une rue. Je prends toujours un plaisir particulier à me déplacer à pieds, sans carte, dans les villes que je découvre. Malgré la découverte, cela donne l'impression étrange d'appartenir à la ville, de se rapprocher d'elle.

samedi 29 décembre 2007

Retour en provence

C’était il y a quatre mois, à quelques jour près. Me revoilà dans le sud. Le trajet a été chargé de souvenirs. Les panneaux indicateurs, la musique, les lieux, tout est là pour me rappeler les pires instants de ce qu’Isabelle m’a permis de m’offrir (j’ai failli écrire, qu'elle m'a offert mais j’ai été grandement responsable de ces moments de perdition.) Ces jours entiers où j’affrontais seul le déclin de notre relation, avec un mélange de peur et de rage au ventre, à m’en rendre malade, à m’enfermer pour attendre que les sanglots passent.

Malgré tout cela, je vais incroyablement bien. J’y pense encore, ces mots en sont d'ailleurs une preuve mais je ne souffre plus, je suis prêt pour autre chose. C'est assez agréable et étonnant d'ailleurs d'arriver à repenser à tout cela avec nostalgie, rien de plus, en enfermant ces évènements dans le passé. Je craignais un désagréable retour en arrière, c’est plutôt la confirmation d'un changement d’ère.

mardi 4 décembre 2007

Le corps et l'esprit

Je suis rentré assez tard hier soir. Impossible de trouver le sommeil immédiatement. Bien qu’épuisé par le voyage, il me fallait un peu de temps pour évacuer l'excitation du trajet. Sur la route du retour, Amanda Palmer, la chanteuse des Dresden Dolls débitait en boucle les paroles de Girl Anachronism avec une énergie communicative. La tête encore à Kiev, je retrouvais en plus quelques repères, j’étais bien.

Je crois que ce voyage est le plus dépaysant qu'il m'est été donné d'effectuer. L’absence quasi totale de l'alphabet occidental, la difficulté pour communiquer dès que l'on sort du centre ville y est pour beaucoup. Entre modernité et image d’Épinal des années 50, entre mode de vie occidental et l’architecture traditionnelle slave et soviétique, ces dix jours laissent des souvenirs délicieux. Il y a bien longtemps que je ne me suis pas autant déconnecté de mon quotidien, et ce malgré mes obligations professionnelles.

Voilà, je suis de retour, je vais bien ou du moins j'ai réussi à me convaincre. Quelle différence ?

mercredi 21 novembre 2007

Киев

Un nouveau silence va s'instaurer ici. Le temps pour moi d'aller voir si la fraicheur automnale ukrainienne a la réputation qu'elle mérite. Dix jours de dépaysements, dix jours pour tenter de trouver le temps pour visiter Kiev et de se faire des engelures. J'en ai envie, j'ai envie de nouveau envie de profiter de tout, je vais mieux, définitivement.

mercredi 8 août 2007

Vacances et absence

Demain, je devrais normalement passer chez mes parents, puis partir vers le sud. Destination inconnue. Plus exactement deux alternatives, une reposante et agréable, l'autre enthousiasmante et espérée. Je ne suis pas seul à décider évidemment, cela serait trop simple.

De la même façon, je ne sais pas encore combien de temps je serai parti et si j'aurai les moyens, l'envie, la force d'écrire ici pendant ce temps. Encore et toujours l'inconnu, et l'ambivalence des sentiments que je décrivais hier qui se renforce, me nouant l'estomac.

lundi 23 juillet 2007

La valise

Samedi matin, le téléphone me tire hors du sommeil. L'employé de chronopost ayant vu que je n'étais pas chez moi me demande s'il peut laisser ma valise chez ma voisine. Je le maudis et lui souhaite le bonjour de la part de mon mal de tête avant d'accepter sa proposition. Ma valise a déjà une semaine de retard, c'est bien suffisant. Dimanche soir, de retour chez moi, je me décide donc d'aller rechercher ma valise chez la voisine. Depuis que je suis arrivé, je n'ai pas le souvenir de l'avoir croisée.

La sonnette laisse échapper des sons calqués sur ceux du carillon de big ben. Le kitch de la mélodie m'amuse. La vieille femme m'ouvre avec un sourire. Elle me propose d'entrer quelques instants, la politesse m'oblige à accepter. Elle fait taire les chiens qui jappent au loin, m'invite à m'assoir sur une chaise de cuisine. C'est une vielle cuisine, les peintures sont jaunies et certainement gorgées de plombs, le carrelage est blanchâtre, les éléments dépareillés. Je distingue le tic-tac désynchronisés de plusieurs horloges. La scène, le décor, tout à ce moment là n'est que clichés. Elle me propose une bière que j'accepte, elle la pose avec un verre sur la nappe sale et s'assied à coté de moi avant d'engager une conversation faite de banalités. J'ai l'impression de vivre un mélange de strip-tease et de chacun cherche son chat. Le pittoresque de la situation suffit à la rendre agréable. Moi qui n'avais jusque là jamais compris que les réalisateurs puisse affirmer que leur reportage ne contenaient aucun sarcasme, je réalise alors. Alors que la situation pourrait virer au comique vu de l'extérieur, je la vis comme quelque chose de touchant.

Une heure après, alors que nous discutions de la magnifique année à fruits que l'on traverse, je décide qu'il est temps de partir. J'attends poliment le prochain silence pour prendre congé. Quand je me lève, elle me dit que, maintenant, je sais à qui m'adresser si j'ai besoin de quelque chose. La proposition sonne presque comme une supplique. Je la remercie et rentre enfin chez moi. J'ai vécu une heure à coté de mon monde, le dépaysement était plus grand en face de chez moi qu'il y a une dizaine de jours, de l'autre coté de l'océan.

mercredi 18 juillet 2007

Rencontre de voyage

Paris, dimanche dernier, 15h30 environ. Alors que je me traine littéralement de la gare du nord à la gare de l'est, las de ce voyage qui n'en fini pas, un homme m'aborde en me demandant si je parle anglais. Quand je réponds que oui, il enchaîne en me demandant s'il est bien en direction de la gare de l'Est. Je lui explique que je m'y rends, qu'il n'a qu'à me suivre. Nous en profitons pour discuter. Il est allemand, il est venu avec son fils pour le week-end et cherchait un billet retour pour retourner chez lui. Il est étonné par le faible nombre de personne parlant anglais ici. Il était étonné par le monde présent le 14 juillet. Je lui explique que c'est le jour de la fête nationale, lui parle de révolution française et de Bastille.

Tout cela est finalement anodin mais ces quelques instants m'ont sorti de ma torpeur. C'était quelques minutes d'humanité dans une journée interminable. Tellement interminable que je n'ai déjà plus le souvenir de la façon dont nous nous sommes séparés. J'aime ces rencontre insignifiantes, ces moments dont l'atout principal est d'être futile, de vous libérer quelques instants de ce que vous vivez.

lundi 16 juillet 2007

Retour en France

La paupière lourde, le crâne donnant l'impression de contenir une boule de plusieurs tonnes qui se promène au rythme des mouvements de tête, pas de doute, je manque de sommeil. Le retour en France a été presque aussi chaotique que l'aller. Correspondance ratée, fin de voyage en train et bagage encore une fois égaré et temps total entre le départ et l'arrivée finale supérieur à vingt quatre heures, voyager n'est définitivement pas ce que je fais de mieux. Reste que je suis là et que je vais globalement bien, les effets de l'électrochoc dont je parlais dans le billet précédents continuant à se faire sentir.

La suite quand j'aurais le courage d'écrire. Le décalage horaire et les trajets m'ont fatigué.

vendredi 13 juillet 2007

Les aventures de Salt Lake City (4)

J'ai peu dormi cette première nuit. Le lendemain, à la recherche de mon adaptateur secteur et pour récupérer mes billets, j'en profite pour découvrir Salt Lake City de jour. J'ai toujours eu une certaine facilité pour me sentir à l'aise dans les endroits que je visite. Je ne m'y sens pas bien car quand je n'y suis pas actif la solitude me pèse, mais je n'ai jamais ressenti de difficulté particulière pour évoluer ailleurs, je ne me sens pas longtemps étranger. Après avoir fait plusieurs magasin d'électronique, j'ai fini par me résoudre à acheter mon adapteur à l'aéroport où je passais pour régler mon problème de billets. J'ai d'ailleurs dû y aller deux fois, deux jours de suite, pour régler complètement le problème. La solution a été à la fois plus simple et plus rapide pour mon bagage, que j'ai récupéré le matin suivant mon arrivée à l'hôtel. Petit à petit, les éléments retrouvent leur place. Reste que je n'arrive pas à m'adapter au rythme, que je ne trouve pas le moyen de lui parler assez à mon goût et que cela me manque.La fatigue et ce manque, ensemble, jouent un peu sur mon moral mais je m'attendais à pire.

mercredi 11 juillet 2007

Les aventures de Salt Lake City (3)

L'avion est encore parti avec une demi heure de retard, au point où j'en suis, ce n'est plus très grave. A défaut de dormir, je profite du trajet pour me reposer, j'alterne les moments les yeux fermés et ceux où j'observe à travers le hublot la beauté des lumières des villes la nuit. Il est plus de onze heures à Salt Lake City quand l'avion atterri, soit sept heure du matin en France. Je me dirige vers les tapis de bagages avec le pressentiment que mon bagage ne sera pas là. Il faut dire qu'entre le chaos d'Atlanta et la réussite de mon voyage jusqu'ici, les signaux sont clairs. Je regarde le tapis cracher les bagages un par un pendant un bon quart d'heure puis attend encore cinq bonnes minutes, le temps de voir le nom du vol suivant s'afficher en lettres rouges au dessus du tapis, avant de me résoudre à penser que mon pressentiment était justifié.

Il est minuit quand je passe au service de réclamation des bagages. Ma valise devrait arrivée le lendemain, je devrais survivre à cela. Je sors, et me dirige vers un jeune taxi noir. Durant le trajet, on échange les banalités classiques de ce genre de situation : d'où je viens, pourquoi je viens. Il en profite pour bredouiller quelques mots de français. La conversation a beau être d'une banalité affligeante, son ton décontracté et la fin proche de mon périple lui donne une saveur particulière. Nous arrivons enfin à l'hôtel. Il est bientôt une heure du matin. Je monte dans ma chambre et avant de me coucher, je contacte par courriel mon agence de voyage pour lui expliquer ma situation et j'envoie de mes nouvelles à Isabelle. Je n'ai pas sommeil et pourtant je sens ma tête tourner à cause de la fatigue. Je me résous tout de même à me coucher, le sommeil viendra tout de même rapidement.

Les aventures de Salt Lake City (2)

J'ai toujours du mal à changer de langue. Mon anglais n'est pas trop mauvais mais les premiers moments sont toujours difficiles, comme s'il me fallait du temps pour démarrer la partie de mon cerveau qui s'occupe de la traduction. Là, au milieu de l'aéroport, la situation et la fatigue ne m'aidait pas. Je commençais tant bien que mal à expliquer ma situation au personnel de l'aéroport qui me dit de voir cela avec la compagnie aérienne. La file d'attente pour accéder au comptoir Delta est longue, certainement à cause du retard de l'avion. J'arrive enfin face à une employée de la compagnie. Je lui explique en cherchant mes mots la situation et fini par me faire comprendre. Après plusieurs coups de fil et appel radio, elle trouve quelqu'un pour chercher mes billets et me crée déjà un coupon de vol pour le prochain départ pour Salt Lake City, dans une heure et demi.

Je la remercie et regarde le chaos devant moi : Le transit des bagages est effectué manuellement. Du fait du passage à la douane, la totalité des voyageurs en transit ont sorti leur bagage et les dépose dans la salle de transit, où les employés doivent finir par les renvoyer dans le circuit classique de tri. Le problème est que les voyageurs sont trop nombreux et les employés débordés. Il ne reste plus que de minces passages pour circuler dans le grand hall, le reste du sol est jonché de bagages.

Assis dans le hall, je fait la brève connaissance d'une mexicaine qui scrute les bagages qui sont déplacés vers les tapis pour retrouver le sien. Nous échangeons quelques banalités. Cela me fait du bien de parler anglais dans un contexte plus détendu. Elle finit par retrouver presque par miracle son bagage et me laisse en me saluant une dernière fois. Cela fait maintenant trois quart d'heure que j'attends, je repasse au comptoir delta où j'apprends que mes billets n'ont toujours pas été trouvé et que je vais devoir continuer sans mes tickets. Je vais donc rejoindre mon vol pour Salt Lake City. Il est 9 heures du soir quand l'avion décolle, plus de deux heures du matin en France. Je ressens la fatigue mais n'éprouve pas le besoin de dormir.

Les aventures de Salt Lake City (1)

Quand je pense que dimanche matin, je prenais tranquillement des notes de voyages sur mon carnet à spirale, au milieu de l'agitation ambiante. J'ai continué jusque dimanche. Dans l'avion pour Atlanta, j'étais trop fatigué pour y penser et l'endroit ne s'y prête guère à cause du bruit et de l'étroitesse des places. Après, j'ai eu d'autres raisons de ne pas prendre mon carnet et pourtant, il y avait des notes à prendre. C'est que le voyage a été et est encore mouvementé.

Première étape, le décollage de Paris. La vérification des bagages prends plus de temps que prévu, l'avion a une heure de retard. J'ai une heure trente de battement entre l'arrivée normale et ma correspondance, au moment où on décolle, je sais déjà que je devrai changer de correspondance.

Deuxième étape, l'arrivée à Atlanta. Le vol a été très fatiguant, il est deux heures du matin en France. Arrivé à l'immigration, je tends l'ensemble des documents, passe mais deux index sur la machine à empreintes, évite de sourire à la caméra.L'employé est presque aimable, plus que le souvenir du précédent, dix ans plus tôt. Il me tend mon passeport et ma carte de douane, je prends machinalement mes papiers et continue. Je récupère ma valise sans problème, heureuse surprise, je ne pensais pas qu'il suivrait si facilement après mon débarquement pour sur-vente à Paris. Je passe la douane sans problème. Les choses se sont compliqués quand j'ai voulu sortir mon billet pour aller vers le comptoir de Delta Airlines pour l'échange. Depuis la porte de l'immigration je ne tenais plus que mon passeport et la carte de douane. L'homme avait oublié mes billets (dont il n'avait pas besoin) sur son comptoir.

samedi 7 juillet 2007

Note de service

Après la distance, c'est le temps qui va s'interposer entre elle et moi la semaine prochaine. Neuf heures de décalage entre la France et Salt Lake City. Une publication plus erratique est à prévoir, des horaires plus incongrus également.

jeudi 5 juillet 2007

S'évader

Dimanche, je partirai pour une semaine aux États-Unis. Bien que le voyage ne me réjouisse guère, il se pourrait qu'il me fasse du bien. Découvrir de nouveaux lieux, faire des rencontres, tout cela va permettre d'oublier les réflexions incessantes et inutiles qui m'habitent.

Lors de mes précédents voyages, il m'est arrivé d'écrire. En Inde notamment, où j'avais eu envie de capturer quelques rencontres. Là aussi, j'ai fini par tout détruire. Ces écrits sont ceux que je regrette le plus, peut-être parce qu'ils sont ceux dont je me souviens le plus clairement. De ces rencontres, il me reste le souvenir mais comment m'assurer que celui ci n'a pas évolué avec le temps. L'écrit a cette force de capturer l'instant, de ne pas laisser un moment devenir un souvenir. C'est pour cela que je continue à écrire ici, même quand je me dis que je tourne en rond. La répétition des situations, de tous les sentiments qui m'assaillent, tout cela doit être là. C'est aussi pour cela que, cette fois, les mots qui seront dans mon carnet finiront certainement ici.